Bathilde : l’esclave devenue reine des Francs qui abolit l’esclavage

En ce moment au musée de Cluny, est exposée la tunique de la reine Bathilde, dans l’exposition Les Temps mérovingiens. L’occasion de redécouvrir l’histoire incroyable de cette esclave saxonne du VIIe siècle qui devint reine des Francs, mena une politique anti-esclavage et empêcha le démembrement du Royaume des Francs.

La prin­ci­pale source con­cer­nant cette sou­veraine atyp­ique est la Vie de Sainte Bathilde, texte hagiographique rédigé peu de temps après sa mort. Voici ce que racon­te la légende, en large par­tie con­fir­mée par les his­to­riens actuels :

Née en 630, Bathilde est ven­due comme esclave puis acquise comme ser­vante, encore ado­les­cente, par Erchi­noald (ou Archam­baut), Maire du Palais de Neustrie (dig­ni­taire le plus impor­tant juste après le Roi). Après la mort de sa femme, il souhaite l’épouser, mais elle se dérobe en cachant ses atours. Impres­sion­né par sa pudeur, sa beauté, son humil­ité et sa dis­tinc­tion, Erchiloald présente la jeune femme à son roi. Vers l’âge de 19 ans, Bathilde, l’ancienne esclave, épouse Clo­vis II, roi de Neustrie et de Bour­gogne. Elle en aura 5 enfants dont Clotaire III et Thier­ry III, deux futurs roi.

À la mort de son mari, en 657, elle exerce la régence et mène une poli­tique de con­corde entre les roy­aumes de Neustrie, Aus­trasie et Bour­gogne. Elle lutte habile­ment con­tre la fronde des seigneurs d’Austrasie pour empêch­er le démem­bre­ment du Roy­aume.

Mais surtout, Bathilde fait inter­dire la vente d’esclaves chré­tiens sur les marchés extérieurs et rachète de nom­breux cap­tifs. Bien que réprou­vé par l’Eglise, l’esclavage était encore mon­naie courante dans le Roy­aume : Bathilde fait inter­dire les marchés d’esclaves sur ses ter­res. De plus, elle libère de nom­breux chefs de famille empris­on­nés pour dette fis­cale, dénonçant le principe de l’impôt payé en fonc­tion du nom­bre de per­son­nes au foy­er, qui jetait de nom­breuses familles dans la plus grande détresse.

Sainte Bathilde sur un vit­rail de l’église Sainte Rade­gonde de Poitiers

La reine Bathilde sou­tient active­ment les abbayes, qui à l’époque étaient les prin­ci­paux lieux de savoir et de pro­duc­tion de man­u­scrits. Entre 657 et 661, elle fonde l’abbaye fémi­nine de Chelles et l’abbaye de Cor­bie, qui devien­dra célèbre pour ses man­u­scrits de grande qual­ité et assur­era pen­dant des siè­cles le ray­on­nement cul­turel du roy­aume.

Elle quitte le pou­voir à l’âge de 35 ans dans des cir­con­stances trou­bles et se retire dans son abbaye de Chelles comme sim­ple religieuse. Chose rare pour les vête­ments de cette époque, la tunique de religieuse de Bathilde a été con­servée en bon état. Elle est en lin et les broderies de soie for­ment un trompe l’œil de bijoux, comme une trace fan­toma­tique du faste auquel renonça cette grande reine.

 

Bathilde meurt le 30 jan­vi­er 680 à Chelles et elle est très vite con­sid­érée comme une sainte. Les sou­verains car­olingiens pren­nent soin des reliques de cette reine mérovingi­en­ne qui sera canon­isée au IXe siè­cle par le pape Nico­las II.

Vous avez jusqu’au 13 févri­er pour voir au musée de Cluny la tunique de Bathilde, ves­tige émou­vant d’une reine au des­tin extra­or­di­naire.

Plus d’informations sur l’exposition : Musée de Cluny

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