Pourquoi les filles en couple sont-elles (parfois) désespérantes?

Je ne suis en rien quelqu’un d’exceptionnel ou de profondément rebelle. Je n’aspire pas non plus à des choses particulièrement grandioses. Et pourtant, quand je regarde les personnes autour de moi, notamment mes amies en couple, j’ai très souvent le sentiment d’être en décalage complet avec leurs motivations profondes. 

Pire, quand je les écoute, j’ai l’impression de pouvoir déceler dans leurs propos une forme de de contentement, de fatalité, voire de résignation quant à leur situation.

Une vie toute tracée ?

L’âge fatidique des trente ans arrivant à grands pas, la plupart ont anticipé et ont déjà annexé l'(heureux) élu. Les années d’études servant d’ailleurs à se dévoyer, à « expérimenter » la vie (je grossis le trait volontairement), il faut les vivre à fond, en mode nihiliste adulescent attardé, parce que le but c’est de se lâcher, c’est goûter un peu à l’indépendance et à cette fameuse liberté. Après tout, ce sont « les plus belles années de ta vie » (donc si je vis 80 ans, j’aurai eu 5 ans de sympa, super.), il vaut mieux en profiter.

Pour ce qui est de l’introspection, de la résolution de ses propres névroses, de la construction de la Femme qu’on veut être, on verra plus tard, c’est chiant, ça désocialise, c’est chronophage, et surtout, ça peut être douloureux pour l’ego.

Donc après avoir « profité » de la vie, on entre dans la vie d’adulte, la fameuse Vraie Vie. On se surprend à tolérer, voire à trouver des justifications à l’insipidité du quotidien : une vie urbaine stressante et ultra codifiée, des amis qu’on ne voit plus, un travail qu’on aime plus ou moins, des gens qu’on fréquente sans trop savoir pourquoi etc…. Bref on s’adapte à tout, on se contente de tout, on est repu par tout.

Pourquoi cela serait-il différent en ce qui concerne la vie de couple ? On revoit ses ambitions à la baisse, on devient « raisonnable », parce que c’est ça être adulte, faut pas rêver. On a fait rentrer notre vie dans des cases, et celle du couple est toute prête. Aussi et surtout, on attend, on attend que l’Autre nous fasse avancer parce qu’on en est (plutôt, on s’est persuadée qu’on l’était) incapable seule.

D’ailleurs, on n’a jamais connu le célibat, trop dur.

D’ailleurs, si tu es célibataire c’est que tu es « trop exigeante. »

On trouve toujours une bonne raison d’être moyen : la victoire du « oui, mais…»

J’ai souvent relevé dans les discussions de filles, que derrière les belles paroles apprises par cœur comme  » ce qui est important c’est qu’on partage, qu’on fasse des choses ensemble, qu’on soit sur la même longueur d’onde… », on trouvait surtout une forme d’immaturité, d’incomplétude  profonde.

A force d’avoir renoncé consciemment ou non à s’accomplir, à se réaliser soi-même, à devenir Quelqu’un, en se cachant derrière un tas d’excuses, on va chercher chez l’autre une béquille, un soutien, une compensation de ce qu’il nous manque. Comme un enfant qui a peur de l’inconnu et vient se cacher dans les bras rassurant de sa mère. 

Pour éviter d’être seule on va alors faire des compromis, c’est-à-dire renier une partie de ce qu’on est pour s’adapter à l’autre, jusqu’à n’exister plus qu’à travers lui, qu’à travers des projets communs. Quel dommage et quelle tristesse de n’aspirer à vivre qu’à travers ou grâce à. Comme si être une Femme construite, autonome était trop difficile et qu’il fallait nécessairement bénéficier d’un stimulus extérieur pour y parvenir ou ne serait-ce que se donner la possibilité d’essayer. « Je pourrai le faire pour moi-même, OUI MAIS, c’est difficile,  je n’y arriverai pas, et à quoi bon etc… ». Par facilité, on fait les choses à l’envers, on cherche dans l’Autre une motivation pour se dépasser au lieu de choisir de se construire soi-même pour offrir et s’offrir ensuite.

La singularité, une marque d’intérêt

J’ai le sentiment que peu de femmes se demandent ce qu’elles pourraient apporter à leur compagnon. Dieu sait qu’elles attendent beaucoup de la gente masculine, en termes physique, pécuniaire, social ou autre, et peuvent avoir tendance à reporter beaucoup de responsabilités sur leurs épaules, à les rendre dépositaires de leur propre bonheur. Se mettre en couple se réduit parfois à cocher les aptitudes de chacun sur une liste pour voir si nous sommes compatibles. Tout en sachant que ce qui compte à la fin c’est comment on pourra répartir les tâches ménagères.

Bref, un homme DOIT….  Mais quid de nous, les femmes ? Qu’avons-nous à leur proposer, à leur offrir ? Je veux dire, de plus profond et d’authentique qu’une aptitude à gérer le quotidien et l’organisation des prochaines vacances? Qu’est-ce qui va faire notre singularité, plus vulgairement, notre plus-value ? En quoi notre Personne, notre univers, notre aptitude à nous renouveler, notre vécu peuvent-ils susciter de l’intérêt, de l’envie, au-delà des apparences, et s’inscrire dans le temps long? 

Exigence et évolution, gages de séduction permanente

« Il a changé, ce n’est plus le même ». Encore une phrase qu’on entend souvent. Elle ne m’a jamais semblé particulièrement frappante, puisqu’elle traduit seulement le fait que l’un ou l’autre des protagonistes a évolué. Dans le fond, ce qui est dérangeant, c’est qu’à partir du moment où on pense et envisage le couple comme étant sa propre finalité, on circonscrit l’autre. Dès que celui-ci échappe à notre contrôle, on considère qu’il a changé, mais pas comme on voudrait, et donc, en mal. Il ne correspond plus à l’épaule sur laquelle on avait pris l’habitude de se poser. Ça grésille de plus en plus sur les ondes et on sent que la fin est proche…Soit on prend la tangente et on retrouve quelqu’un qui nous contentera, soit on avance nous aussi, parce qu’on se dit que rien n’est jamais gagné, acquis. Alors tant mieux, et heureusement d’ailleurs que celui avec qui je partage mon existence au quotidien n’est pas le même qu’il y 5, 10 ou 30 ans. Quoi de plus séduisant que d’aspirer tous les jours à être quelqu’un de mieux, une version toujours plus aboutie de soi-même ? De rayonner toujours plus ? D’être toujours plus cohérent dans tous les aspects de sa vie ?

Choisir d’être exigeante pour soi est un gage de qualité, de force, de rareté, et donc de préciosité. Quand on sait qui on est, on ne fait plus les choses par dépit, parce qu’on nous a dit de les faire ou juste pour faire comme les autres. C’est aussi un signe que le processus d’individuation est en bonne voie. Dans un monde où on veut nous rendre interchangeables, c’est un beau pied de nez.

On peut faire tous les mêmes choix de vie, mais l’important est la raison et la motivation profondes qui nous poussent à les faire.