Affaire Mila : quatre de ses harceleurs mis en examen

Qua­tre per­son­nes, dont trois mineurs, ont été mis­es en exa­m­en dans le cadre de l’en­quête sur les men­aces de mort adressées à l’en­con­tre de Mila, jeune fille de 16 ans men­acée de mort et de viol pour avoir émis des cri­tiques envers l’is­lam sur Insta­gram. Out­re les men­aces, l’i­den­tité et les coor­don­nées de Mila avaient été divul­gués, oblig­eant la lycéenne à être dés­co­lar­isée puis changée d’étab­lisse­ment.

BFM TV écrit :

“Men­acée d’être désha­bil­lée en pub­lic, d’être brûlée à l’acide, et même d’être enter­rée vivante. Pen­dant plusieurs semaines, Mila, une ado­les­cente orig­i­naire de l’Isère, a reçu durant les mois de jan­vi­er et févri­er dernier des cen­taines de mes­sages de ce type après avoir pub­lié une vidéo dans laque­lle elle cri­ti­quait de manière vir­u­lente l’is­lam. Une enquête a été ouverte et a don­né lieu à qua­tre inter­pel­la­tions ces dernières semaines, indique le par­quet de Vienne.

Dans le cadre de l’en­quête ouverte pour “men­aces de mort” et “har­cèle­ment”, un ado­les­cent de 16 ans était inter­pel­lé le 20 févri­er 2020. Orig­i­naire de Besançon, il est soupçon­né d’avoir dif­fusé sur les réseaux soci­aux des infor­ma­tions per­son­nelles con­cer­nant Mila. Au mois de jan­vi­er dernier, la jeune fille de 16 ans avait crée la polémique en cri­ti­quant l’is­lam après avoir été insultée par un jeune homme dont elle avait refusé les avances en assur­ant être les­bi­enne.

A la suite de cette vidéo, l’ado­les­cente est dev­enue une cible sur les réseaux soci­aux, et a vu défer­ler insultes, men­aces. Son numéro et son adresse per­son­nelle ont été pub­liés, et elle avait alors béné­fi­cié d’une pro­tec­tion poli­cière. Le mineur inter­pel­lé a recon­nu avoir pub­lié ces infor­ma­tions. Il a été mis en exa­m­en pour “recel de vol”, “har­cèle­ment élec­tron­ique” et “usage de don­nées d’identification d’autrui” dans le cadre de l’in­for­ma­tion judi­ci­aire ouverte le 21 févri­er dernier. Le jeune homme a été placé sous con­trôle judi­ci­aire.

Par­al­lèle­ment, les inves­ti­ga­tions se sont pour­suiv­ies don­nant lieu à l’in­ter­pel­la­tion de deux autres mineurs, soupçon­nés d’avoir fourni au pre­mier les coor­don­nées de Mila. Âgés tous deux de 17 ans, ils ont été inter­pel­lés le 10 juin dernier dans l’Isère et le Rhône et ont recon­nu avoir trans­mis l’adresse et le télé­phone de l’ado­les­cente au jeune de 16 ans.

Eux-aus­si ont été mis en exa­m­en pour “vol” et “recel de vol de don­nées infor­ma­tiques”. Ils ont été lais­sés libre. Enfin, une qua­trième per­son­ne a été inter­pel­lée en mai, cette fois-ci pour le volet men­aces de mort. Il doit être prochaine­ment enten­du par le juge d’in­struc­tion en charge de cette affaire.”

Une vaste mobilisation pour le droit au blasphème

La péti­tion de sou­tien à Mila a récolté plus de 25 000 sig­na­tures. La vaste mobil­i­sa­tion avait poussé le Prési­dent de la République Emmanuel Macron à pren­dre la parole pour soutenir la jeune fille et réaf­firmer “le droit au blas­phème”. Mar­lène Schi­ap­pa, Secré­taire d’E­tat à l’é­gal­ité entre les femmes et les hommes avait égale­ment pris la défense de Mila et avait qual­i­fié de “crim­inels” les pro­pos d’Ab­dal­lah Zekri, délégué général du Con­seil Français du Culte Musul­man qui avait déclaré que Mila mérité son sort.

Quelles sanctions pour les gros influenceurs ayant apporté de l’eau au moulin du harcèlement ?

La mise en exa­m­en de ces qua­tre per­son­nes mon­tre que l’en­quête pro­gresse et laisse espér­er des sanc­tions con­tre les harceleurs de Mila. Toute­fois, ce chiffre reste faible en regard des mil­liers de per­son­nes ayant par­ticipé au har­cèle­ment. Les men­aces physiques (viol, meurtre, lyn­chage, coups, érgorge­ment et autres joyeusetés) ont en effet été proférées par des cen­taines de per­son­nes. Mais surtout, quid des influ­enceurs qui ont util­isé leur vaste audi­ence pour don­ner de l’am­pleur au har­cèle­ment ? Sur Snapchat, Twit­ter et Insta­gram, plusieurs gros comptes ont posté des pub­li­ca­tions sur Mila.

Ain­si, 19 jan­vi­er, sur Twit­ter, l’humoriste Jérémie Deth­elot, dont le compte est cer­ti­fié par Twit­ter, a incité ses 160 000 fol­low­ers à par­ticiper à la cam­pagne de haine con­tre Mila en la désig­nant comme fau­tive : “la haine engen­dre la haine, donc n’en semez pas“, a‑t-il écrit dans un tweet con­tenant une pho­to de Mila. Com­prenez : “elle l’a bien cher­ché, le har­cèle­ment est une bonne leçon qu’elle mérite“.

Au moment où Jérémie Deth­elot a pub­lié ce tweet, les men­aces de mort et de viol étaient déjà mas­sives depuis plusieurs jours et con­nues de tous.

Cap­ture d’écran du tweet de Jérémie Deth­elot sou­tenant les harceleurs de Mila (NdlR : la cap­ture d’écran d’ex­cus­es de Mila pub­liée dans ce tweet est un faux)

Trois jours plus tard, une fois que son tweet avait eu bien le temps d’ex­citer les harceleurs, Jérémie Deth­elot s’est rétrac­té, inter­pel­lé par un inter­naute qui lui demandait “Donc, si cette ado­les­cente est agressée et blessée, ce sera bien fait pour elle ?”. Jérémie Deth­elot a répon­du le 22 jan­vi­er : “Pas du tout… Je suis en train de dire que les réseaux sont vio­lents, c’est un fait et qu’il faut s’éloigner de ce monde vio­lent. Et que dire des pro­pos haineux attire d’autre pro­pos haineux. Pour l’instant insul­ter n’a jamais attiré de l’amour… Donc pru­dence.” Mais le mal était fait et ses paroles étaient pour le moins ambiva­lentes, met­tant au même niveau des pro­pos anti-reli­gions et des mil­liers de men­aces de mort. Bien que Jérémie Deth­elot n’ait pas explicite­ment appelé au lyn­chage ou au har­cèle­ment de Mila, il est per­mis de point­er l’ir­re­spon­s­abil­ité de son tweet ini­tial, compte tenu de la taille de son audi­ence.

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