Harcèlement en milieux “de droite” : comment les conservateurs m’ont radicalisée sur le féminisme [#Témoignage — partie 1]

M., jeune mère de 24 ans que cer­taines d’en­tre vous ont pu enten­dre dans le pod­cast Radio Cha­ton qu’elle co-ani­mait avec Solveig Mineo en 2018, livre son témoignage sur son har­cèle­ment dans les milieux con­ser­va­teurs dits “de droite”, qui eut des réper­cus­sions con­sid­érables sur sa vie et sa san­té. Il n’y a pas encore eu de #MeToo à droite, alors que ce ne sont pas les affaires graves de har­cèle­ment misog­y­ne, de revenge porn et d’a­gres­sions sex­uelles qui man­quent dans ce milieu. Nous pub­lions la pre­mière par­tie de son témoignage ici. La sec­onde est disponible dans l’ar­ti­cle suiv­ant. Une tra­duc­tion en anglais de son témoignage est égale­ment disponible. Nous savons d’a­vance la haine et le mépris que ce témoignage ne man­quera pas de sus­citer. C’est en pleine con­science des risques que nous le pub­lions, parce qu’il nous sem­ble urgent de libér­er la parole des femmes, qui se taisent depuis trop longtemps ter­rées dans la honte, lais­sant ain­si toute lat­i­tude aux harceleurs de pour­suiv­re leurs vio­lences en toute impunité. 

Avant-propos

Ce réc­it est décom­posé en deux par­ties. La pre­mière, générale, vise à expos­er les raisons pure­ment idéologiques ain­si que les con­tra­dic­tions inhérentes aux courants de pen­sée dits “de droite” pou­vant amen­er une femme s’étant tou­jours sen­tie de cette sen­si­bil­ité poli­tique à la renier et à quit­ter défini­tive­ment ses milieux mil­i­tants. Il s’agit là d’un point de vue pure­ment sub­jec­tif : mes paroles n’engagent que moi et je ne pré­tends pas par­ler au nom des autres femmes de droite.

La sec­onde, plus per­son­nelle, vise à témoign­er du (cyber-)harcèlement moral que j’ai subi, ain­si que d’autres femmes, dans les mêmes milieux.

Il m’a fal­lu énor­mé­ment de courage pour rédi­ger cet arti­cle. Tout d’abord parce qu’il n’est pas aisé de rep­longer dans des évène­ments trau­ma­tiques de votre passé, par­ti­c­ulière­ment lorsque vous n’avez jamais réelle­ment réus­si à tourn­er la page ; ensuite car les réac­tions déplaisantes qu’il va prob­a­ble­ment sus­citer sont assez prévis­i­bles. On pour­rait me rétor­quer que ces évène­ments ne con­cer­nent qu’un micro­cosme et qu’il n’est donc pas intéres­sant d’en par­ler. Le (cyber-)harcèlement moral, dans sa forme misog­y­ne, touche absol­u­ment tous les milieux et toutes les sphères poli­tiques, mil­i­tantes, sociales et cul­turelles : on ne lutte pas con­tre un phénomène d’aussi grande ampleur en min­imisant la portée du témoignage d’une per­son­ne, parce que celui-ci ne con­cern­erait qu’un milieu restreint. Le scan­dale de la Ligue du LOL con­cer­nait lui aus­si une sphère restreinte, celle du jour­nal­isme de gauche, et sa portée a pour­tant été excep­tion­nelle. Même chose pour le phénomène #MeToo, qui a pris sa source dans la dénon­ci­a­tion de vio­ls et d’agressions sex­uelles au sein de la com­mu­nauté — restreinte et inac­ces­si­ble à la majorité d’entre nous — du cinéma.

Dif­fi­cile ensuite car, comme dans toutes les affaires de har­cèle­ment, bris­er le silence peut con­duire à être de nou­veau prise pour cible — à ce sujet, on se rap­pellera de l’affaire Mila où, de con­cert, les asso­ci­a­tions d’aide aux vic­times de cyber­har­cèle­ment, l’établissement sco­laire et la qua­si-total­ité de l’entourage de Mila lui ont con­seil­lé de se taire, de sup­primer ses réseaux soci­aux, de se faire oubli­er, de ne surtout pas pren­dre la parole si elle souhaitait, un beau jour, retrou­ver une vie nor­male. Cette injonc­tion au silence par peur d’une nou­velle vague de har­cèle­ment est absol­u­ment insup­port­able et con­stitue une dou­ble peine pour les vic­times : d’abord, elles subis­sent des agisse­ments injustes, immoraux et pénale­ment répréhen­si­bles, pou­vant dans les cas les plus trag­iques détru­ire leur vie jusqu’à l’irréparable ; ensuite, on leur intime de dis­paraître, de ne pas s’en remet­tre à la jus­tice car “ça ne sert à rien”, “ce n’est qu’Internet”, et enfin on leur pro­pose comme ultime solu­tion de con­sul­ter un psy­chi­a­tre pour guérir de leurs trau­ma­tismes (pen­dant ce temps-là, les harceleurs con­tin­u­ent à exis­ter libre­ment sur la toile en toute impunité, et ne vont surtout pas devenir abon­nés aux divans des psy­chi­a­tres dont ils auraient pour­tant cru­elle­ment besoin).

Il est pour­tant pri­mor­dial que cer­taines fassent front et pren­nent le risque, ce en dépit des poten­tielles con­séquences : dans mon cas, je le conçois comme un devoir moral que j’aurais envers ma fille. Si je veux que celle-ci gran­disse dans un monde où elle n’aurait pas à subir ce genre d’expériences, où le har­cèle­ment au sens large serait traqué, stig­ma­tisé sociale­ment et réprou­vé à la hau­teur de l’(immense) préju­dice qu’il occa­sionne, chaque témoignage compte.

De même, dans un con­texte poli­tique où le débat relatif à l’anonymat sur Inter­net refait sur­face, et où ce droit à l’anonymat, accom­pa­g­né de son corol­laire essen­tiel — la lib­erté d’expression — est men­acé par les pou­voirs publics, il me paraît essen­tiel d’alerter et de lut­ter fer­me­ment con­tre les indi­vidus qui abusent de ces droits jusqu’à les met­tre en dan­ger. Car oui, au delà des poli­tiques lib­er­ti­cides menées par les gou­verne­ments, je per­siste et signe : les cyber-délin­quants sont les PREMIERS respon­s­ables du dur­cisse­ment de la lég­is­la­tion en la matière. Oui, la lib­erté d’expression, lorsqu’elle con­cerne le domaine des idées et des opin­ions poli­tiques, doit être absolue. Non, elle n’englobe pas le droit inal­ién­able et impre­scriptible de pouss­er des jeunes femmes au sui­cide. Oui, le droit à l’anonymat sur la toile doit être garan­ti et pro­tégé, et oui, si on ne le pro­tège pas aus­si en lut­tant con­tre le doxxing (pra­tique con­sis­tant à rechercher et à divulguer sur Inter­net des infor­ma­tions sur l’i­den­tité et la vie privée — réelle ou fan­tas­mée — d’un indi­vidu dans le but de lui nuire) au sein des milieux poli­tiques, mil­i­tants, soci­aux et cul­turels dans lesquels on évolue, alors on est un hypocrite.

Je vous remer­cie par avance très sincère­ment pour votre atten­tion. Bonne lecture.

Première partie

Deux choses essen­tielles m’ont amenée, à un âge pré­coce, à me rap­procher des milieux dits “de droite”:

• Comme beau­coup de femmes, une réac­tion par rap­port à ce que je subis­sais au quo­ti­di­en. Mon ado­les­cence dans le sud de la France a été ponc­tuée d’incivilités et d’agressions sex­istes et misog­y­nes com­mis­es par des étrangers ou des “français” d’origine étrangère. Tout le monde savait que ces indi­vidus étaient respon­s­ables de la majorité du har­cèle­ment et des agres­sions de rue per­pétrées con­tre les femmes français­es et natives européennes, mais en par­ler ouverte­ment était un véri­ta­ble fac­teur d’exclusion sociale. La peur d’être éti­queté comme “raciste” l’emportait sur la néces­sité de nom­mer les prob­lèmes pour pou­voir les résoudre.

• Une rai­son ten­ant davan­tage à ma per­son­nal­ité et mon par­cours de vie : issue d’un milieu pop­u­laire, d’une famille brisée aux rap­ports con­flictuels, j’appréciais l’importance accordée aux valeurs famil­iales par la “droite”, que je ne retrou­vais pas au sein de ma sen­si­bil­ité poli­tique d’origine (anar­chiste).

Comme bon nom­bre de jeunes adultes de mon âge en perte de repères, je tra­ver­sais égale­ment une crise iden­ti­taire et souhaitais en appren­dre davan­tage sur l’histoire de mon pays, de mes ancêtres, de ma civil­i­sa­tion. Je pen­sais que me rap­procher de mes racines me per­me­t­trait de mieux com­pren­dre qui je suis, ain­si que com­ment agir dans un monde dont je ne com­pre­nais pas les codes. À ce sujet, il me paraît impor­tant de pré­cis­er ma per­son­nal­ité de type autis­tique, celle-ci me ren­dant la com­préhen­sion et l’application des codes soci­aux extrême­ment difficiles.

Ça, c’est ce que je suis venue chercher en me lançant dans le mil­i­tan­tisme. Pas exacte­ment ce que j’y ai trouvé.

Ne vous méprenez pas : je n’ai pas l’intention de jeter le bébé avec l’eau du bain. En plus de for­mi­da­bles ren­con­tres, les milieux dits “de droite” ont été une porte d’entrée sur mon héritage, sur des choses essen­tielles qui struc­turent ma vie aujourd’hui, comme la redé­cou­verte de mes racines païennes et l’initiation à des dis­ci­plines qui me pas­sion­nent et dont j’ai fait des sujets d’étude à part entière, tels que la runolo­gie. S’ils n’en déti­en­nent pas le mono­pole, les milieux “de droite” ont per­mis mon éveil sur tout un tas de sujets poli­tiques et cul­turels et je les en remer­cie. Toute­fois, si j’en suis venue à les renier et à les quit­ter sans regrets, c’est parce que ces décou­vertes pos­i­tives ont été large­ment con­tre­bal­ancées par les expéri­ences néga­tives faisant l’objet de ce récit.

Avec le recul, il me sem­ble évi­dent d’avoir été immergée dans des courants de pen­sée s’étant con­stru­its par réac­tion aux excès et aux absur­dités idéologiques de la gauche, et en en étant para­doxale­ment devenus les exacts pen­dants, les miroirs.

Relativisme culturel versus essentialisme délirant

Face à l’idéologie de la décon­struc­tion* et du rel­a­tivisme cul­turel prônée par la gauche (*tout con­cept, fût-il ancré dans des réal­ités pure­ment biologiques, serait une con­struc­tion sociale qu’il con­viendrait de décon­stru­ire), la “droite” essen­tialise, généralise, caté­gorise et éti­quette à out­rance, devenant elle aus­si un milieu peu adap­té à la libre pen­sée, aux idées nova­tri­ces et, de manière plus générale, à une quel­conque évolution.

Ain­si, face à la “théorie du genre” (théorie par­tant du pos­tu­lat que sexe biologique et iden­tité de genre sont com­plète­ment exclusifs l’un de l’autre et qu’il existe une mul­ti­tude d’identités de genre autres que “mas­culin” et “féminin”) la “droite” verse dans un essen­tial­isme tout aus­si déli­rant et poussé à l’excès, avec une obses­sion qua­si-mal­adive pour l’assignation de chaque sexe biologique à l’identité de genre qui est cen­sée lui cor­re­spon­dre naturelle­ment. Ain­si, les hommes sont intrin­sèque­ment faits pour diriger, gou­vern­er, tra­vailler à l’extérieur et s’accomplir dans le monde des Idées, tan­dis que les femmes sont faites pour être mères, nonnes ou putains, can­ton­nées à l’univers pure­ment matériel du tra­vail domes­tique et som­mées d’être les représen­tantes d’une “féminité” (par oppo­si­tion à une vision car­i­cat­u­rale du fémin­isme) car­ac­térisée par ces belles “qual­ités” que sont la Soumis­sion, la Pas­siv­ité et le Silence — bref, par cette belle “qual­ité” qu’est la domestication.

Une con­tra­dic­tion plutôt fla­grante qu’il m’a été don­née de relever lors de mon séjour dans ces sphères réside égale­ment dans la cri­tique con­stante (qui me paraît fondée et légitime) de l’hyper-étatisation de notre société dirigée par la gauche, accom­pa­g­née de sa volon­té tou­jours crois­sante de réduire nos lib­ertés indi­vidu­elles et de musel­er les voix dis­si­dentes, dans un mépris total de la lib­erté d’expression. Ceci étant dit, les milieux dits “de droite” se sont révélés être tout aus­si rigides et dog­ma­tiques idéologique­ment que la gauche étatisée à laque­lle ils entendaient s’opposer. Les pris­es de posi­tion sor­tant du cor­pus idéologique réac­tion­naire “clas­sique” n’étaient pas seule­ment débattues et mis­es à l’épreuve — ce qui me paraît nor­mal dans des milieux ayant la cul­ture du débat — mais leurs por­teurs de voix (a for­tiori lorsqu’il s’agissait de por­teuses) sévère­ment vilipendés et ostracisés dans le but d’être réduits au silence.

La “féministe hystérique” et la “tradwife

L’exemple du fémin­isme occi­den­tal­iste porté par Solveig Mineo me sem­ble être l’exemple le plus fla­grant pour illus­tr­er mon pro­pos. Je suis en effet con­va­in­cue que cette forme de fémin­isme est la plus représen­tée de façon empirique chez les femmes occi­den­tales : en effet, le fémin­isme “main­stream” dit “de gauche” ou “inter­sec­tion­nel”, arrosé de sub­ven­tions publiques, a large­ment démon­tré sa trahi­son des femmes occi­den­tales. Les femmes blanch­es, de cul­ture occi­den­tale et de sen­si­bil­ité athée (la majorité des femmes occi­den­tales, donc) ne peu­vent décem­ment pas s’y retrou­ver, à moins de pos­er le genou à terre et de se soumet­tre aux intérêts d’extrémistes religieux à l’exact opposé des leurs — en bref, de renier le féminisme.

À l’opposé du spec­tre poli­tique, l’antiféminisme réac­tion­naire par­le encore moins aux femmes occi­den­tales, et la dichotomie faite par la “droite” opposant fémin­iste “hys­térique” ten­dance “social jus­tice war­rior” à “trad­wife” (*femme tra­di­tion­nelle soumise des années 50) est com­plète­ment absurde et décon­nec­tée de la réal­ité. Les ten­dances social jus­tice war­rior et trad­wife, en plus de ne représen­ter qua­si­ment per­son­ne dans la vie réelle, sont deux formes de mil­i­tan­tisme religieux aux antipodes des préoc­cu­pa­tions des femmes occi­den­tales : d’un côté, on a la reli­gion du “Pro­grès”, enten­du néga­tive­ment comme syn­onyme de décon­struc­tion (j’insiste sur la neu­tral­ité du mot pro­grès), de l’autre le chris­tian­isme tra­di­tion­al­iste. Par­don­nez-moi, mais je con­nais assez bien les femmes pour savoir que l’écrasante majorité d’entre-elles ne se recon­naît ni dans les délires décon­struc­tivistes du “fémin­isme” de troisième généra­tion, ni dans les con­tor­sions idéologiques des “fémin­istes” inter­sec­tion­nelles, qui ten­tent par des acro­baties incroy­ables de con­juguer fémin­isme, reli­gions patri­ar­cales importées et accueil incon­di­tion­nel d’individus de cul­ture intrin­sèque­ment misog­y­nes, et antifémin­isme réac­tion­naire enten­dant les priv­er de droits qu’elles con­sid­èrent comme fon­da­men­taux et acquis.

“Les “pères” démissionnaires, ces grands absents des discours stéréotypés de la “droite” réactionnaire, pourtant jamais à court de superlatifs lorsqu’il s’agit de vilipender les mères célibataires”

Mal­gré ce marché por­teur du fémin­isme “droitisé”, la “droite” refuse de sor­tir de son logi­ciel per­dant et repous­soir de l’antiféminisme béat, de même qu’elle s’obstine à vouloir réduire les droits et lib­ertés des femmes au nom des valeurs famil­iales, sans jamais défendre ces dernières par la pro­mo­tion de mesures pos­i­tives et généra­tri­ces de nou­veaux droits pour tous.

Par exem­ple, et ce après des années de présence dans ces sphères, je n’ai jamais (ou très peu) enten­du quelqu’un pro­mou­voir l’allongement de la durée des con­gés parentaux, la réduc­tion du temps de tra­vail sco­laire — à l’image de ce qui se fait dans cer­tains pays Européens — au prof­it d’activités extrasco­laires et d’une édu­ca­tion plus “famil­iale”, ni même la reval­ori­sa­tion des allo­ca­tions famil­iales dans une per­spec­tive natal­iste — on par­le plutôt, dans cer­taines franges con­ser­va­tri­ces, d’octroyer un “salaire” aux femmes aux foy­er mar­iées uniquement.

En revanche, il y a tou­jours du monde pour lut­ter au nom de “l’intérêt supérieur des enfants” con­tre la PMA pour toutes, dite “sans père”. L’objet de cet arti­cle n’étant pas de dis­cuter du bien-fondé des reven­di­ca­tions de La Manif Pour Tous, je vais donc m’abstenir de dire ce que j’en pense, sim­ple­ment relever qu’il s’agit là, encore une fois, de bar­rer exclu­sive­ment la route à de nou­veaux droits accordés aux femmes en prenant l’intérêt supérieur des enfants en otage. Pourquoi exclu­sive­ment ? Parce que je n’ai jamais, par exem­ple, enten­du ces mil­i­tants s’insurger des aban­dons de famille au nom de l’intérêt supérieur des enfants, pro­mou­voir des mesures telles que la facil­i­ta­tion des recon­nais­sances for­cées de pater­nité, mesure qui per­me­t­trait d’assurer à min­i­ma la par­tic­i­pa­tion finan­cière du “père” démis­sion­naire à l’entretien et l’éducation de l’enfant. Par­lons-en, des “pères” démis­sion­naires, ces grands absents des dis­cours stéréo­typés de la “droite” réac­tion­naire, qui n’est pour­tant jamais à court de super­lat­ifs lorsqu’il s’agit de vilipen­der les mères céli­bataires, con­sid­érées ni plus ni moins comme respon­s­ables de tous les mal­heurs du monde. La mère céli­bataire, cette femme qui a pour­tant eu le courage — selon les stan­dards réac­tion­naires — d’embrasser son rôle naturel de mère en refu­sant la “facil­ité” de l’avortement, est dépeinte comme une femme fon­cière­ment dan­gereuse et destruc­trice de civil­i­sa­tions, ce à coups d’ “études” biaisées et ori­en­tées idéologique­ment com­para­nt les taux de crim­i­nal­ité, de délin­quance, de sui­cide (…) des enfants issus de familles mono­parentales et ceux issus de familles “tra­di­tion­nelles”. Ce genre d’étude, évidem­ment biaisée en ce qu’elle n’indique pas de quels milieux soci­aux sont issues ces familles mono­parentales, de quels moyens financiers elles dis­posent pour assur­er à leurs enfants un cadre de vie sain et sécurisé, ain­si que les autres fac­teurs crim­inogènes à pren­dre en compte (tox­i­co­manie, alcoolisme, vio­lence etc), sont util­isées comme appuis “sci­en­tifiques” par les milieux de “droite” pour stig­ma­tis­er les mères céli­bataires et lut­ter con­tre la PMA “sans père” dans “l’intérêt supérieur des enfants”. Pour­tant, s’attacher à réduire ces fac­teurs crim­inogènes via la recon­nais­sance for­cée de pater­nité, ain­si que par un sou­tien financier plus con­séquent à celles qui en ont le plus besoin (oui, il s’agit bien des mères céli­bataires et non des femmes au foy­er bour­geois­es et mar­iées) dans “l’intérêt supérieur des enfants” ne fait pas par­tie du programme.

Ce “deux poids-deux mesures” s’explique en grande par­tie par la prox­im­ité de la “droite” avec la manosphère et le mas­culin­isme (ensem­ble d’idées, de reven­di­ca­tions qui cherchent à pro­mou­voir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société civile, en affir­mant notam­ment qu’ils sont vic­times des “excès” du fémin­isme). On peut encore une fois s’interroger sur la con­tra­dic­tion évi­dente con­sis­tant à cri­ti­quer l’étatisme d’une part, et repren­dre à son compte les théories et reven­di­ca­tions loufo­ques des mas­culin­istes récla­mant tou­jours plus d’État d’autre part. Par­mi ces reven­di­ca­tions, on ne cite plus le bien-nom­mé com­mu­nisme sex­uel, qui part du pos­tu­lat que tout homme, indépen­dam­ment de ses mérites et de ses efforts per­son­nels ain­si que de sa con­di­tion men­tale, sociale et physique, aurait DROIT à une femme. Ain­si la société toute entière, avec le con­cours de L’État, devrait se mobilis­er pour inter­dire la lib­erté sex­uelle des indi­vidus et fournir une épouse bien bâtie, vierge, docile et douée en cui­sine à ces Messieurs PARCE QUE BORDEL ILS ONT LE DROIT.

Si je devais résumer mon pro­pos, je dirais qu’en tant que per­son­ne éprise de lib­erté intel­lectuelle et lassée du for­matage idéologique de la gauche qui con­fine qua­si­ment au stal­in­isme, je n’ai pas trou­vé à “droite” ce que j’étais venue y chercher. J’ai trou­vé un milieu dom­iné par la réac­tion à la gauche et qui n’a rien à lui envi­er en matière de décon­nex­ion totale des réal­ités. J’ai trou­vé un milieu qui ne veut pas gag­n­er, qui se com­plaît par­faite­ment dans un rôle de fig­ure d’opposition et des pris­es de posi­tion volon­taire­ment car­i­cat­u­rales et repoussantes.

Le harcèlement en milieu conservateur n’est pas un phénomène marginal

En tant que femme, arrivée dans ces milieux mod­éré­ment fémin­iste, qui s’est tou­jours attachée à cri­ti­quer des com­porte­ments pré­ten­du­ment mar­gin­aux au sein de sa famille poli­tique sans jamais vers­er dans une forme de misan­drie débile, j’ai trou­vé un milieu déter­miné à faire taire les femmes qui n’acceptent pas de servir de vit­rine à l’agenda réac­tion­naire. Et encore… Jouer le jeu, c’est accepter de devoir faire des pirou­ettes per­ma­nentes pour sat­is­faire des exi­gences fon­cière­ment con­tra­dic­toires : il est de bon ton de paraître “fémi­nine” et atti­rante (par oppo­si­tion aux fémin­istes pré­ten­du­ment “laides”, “mas­cu­lines” et “repous­santes sex­uelle­ment”) tout en adop­tant une apparence et une atti­tude pudi­bonde. On sera félic­itées d’exposer notre vie de mère au foy­er “dévouée” tant que notre présence demeure raisonnable­ment dis­crète (une “vraie femme” ne s’expose pas publique­ment à out­rance, elle est cen­sée devoir se sat­is­faire unique­ment de l’attention que lui apporte son Mari et Maître). On atten­dra de nous de sat­is­faire des exi­gences irréal­is­ables de “pureté” tout en admet­tant toutes les largess­es et com­pro­mis­sions pos­si­bles quant aux moeurs plutôt libérées de nos lead­ers d’opinion favoris — car oui, la réac­tion à l’égalitarisme fou prôné par la gauche se man­i­feste à “droite” par la con­sécra­tion de l’inégalité en droits et con­sid­éra­tion entre les hommes et les femmes, cela sous cou­vert de respect de “l’ordre naturel”… Car Mère Nature, il est impor­tant de la respecter, sauf quand il s’agit de pester con­tre des phénomènes naturels vieux comme le monde, tels l’hypergamie* fémi­nine (*le fait pour une femme de sélec­tion­ner libre­ment, par­mi ses pré­ten­dants, le con­joint au statut le plus élevé).

On sera encen­sées, pro­mues, relayées, si l’on dénonce courageuse­ment la misog­y­nie étrangère et religieuse importée… Mais som­mées au silence si l’on souhaite faire preuve d’honnêteté et dénon­cer aus­si la misog­y­nie indigène, car il ne faudrait surtout pas “semer la divi­sion” et “ali­menter la guerre des sex­es” dans nos rangs (ce qui pose étrange­ment moins prob­lème à “nos rangs” lorsque c’est la manosphère qui se tape l’incruste).

J’entends d’ici là les accu­sa­tions de sché­ma­ti­sa­tion, de général­i­sa­tion de com­porte­ments mar­gin­aux à l’ensemble d’un milieu mil­i­tant… Si tel est bien le cas, com­ment expli­quer les efforts colos­saux qui ont été déployés pour réduire au silence le peu de femmes osant dénon­cer publique­ment ces courants de pen­sée “mar­gin­aux”? Com­ment expli­quer que des milieux se voulant les gate­keep­ers des lib­ertés indi­vidu­elles des citoyens face à l’immixtion de l’État, de leur droit d’exprimer leur opin­ions poli­tiques et de ne pas être doxxés, fichés et ostracisés sociale­ment pour cela, restent régulière­ment silen­cieux lorsque cer­tains de leurs mil­i­tants redou­blent d’ingéniosité pour fouin­er et expos­er publique­ment la vie privée des gens qui ne leur con­vi­en­nent pas ? Les répons­es à ces ques­tions (elles vont vous sur­pren­dre) fer­ont l’objet de la sec­onde par­tie de ce témoignage.

[Lire la suite du témoignage ici]

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