L’étrange paradoxe de la mono-diversité

Solveig Mineo féminisme polyiste occidentalisme

Je crois qu’il y a une chose à laquelle je ne m’habituerai jamais : c’est l’extrême prévisibilité de certains humains. Rien ne me déconcerte plus qu’une personne qui se comporte comme un automate. Parmi ces robotismes, il y en a un qui a d’importantes conséquences sur la vie politique occidentale. Le voici : quand un politique invoque la diversité, vous pouvez être certain que cette personne n’a pas la moindre idée de ce qu’est la diversité, n’a aucun intérêt pour la diversité des cultures humaines, ne supporte pas les humains vraiment différents de lui, et organise toute sa vie pour n’être jamais entouré d’autre chose que de reflets de lui-même.

J’ai vu des gens énumérer les cent pays qu’ils ont « faits » en radotant toujours les mêmes clichés parfaitement vides et autocentrés sur les autochtones qu’ils prétendaient avoir observés. Mes études m’ont fait côtoyer des bourgeois aussi fiers de leur « ouverture au monde » qu’incapables de s’intéresser sincèrement aux gens qui ne leur ressemblent pas. J’ai même vu des prêcheurs diversitaires éclater de rage jusqu’à l’appel au meurtre lorsqu’on leur exposait l’éventualité qu’il existât sur terre des humains irréductiblement différents d’eux, mûs par leurs propres désirs, ne souhaitant en aucune manière leur ressembler.

Ce mélange de rhétorique diversitaire et d’incapacité à concevoir la diversité humaine, je l’ai rencontré dans la bourgeoisie et chez les aspirants bourgeois. Ce n’est même pas de l’hypocrisie. C’est toute une vision du monde qui s’exprime. Malgré ses airs sécularisés, la bourgeoisie occidentale contemporaine est chrétienne. Elle se compose des familles sélectionnées par plus de 1500 ans de domination chrétienne. L’un des pilliers de la psychologie chrétienne est l’idée que chaque humain aspire à être « sauvé » par l’Évangile. Vouloir autre chose que ce que veut le chrétien, c’est s’égarer, c’est s’abîmer dans l’inconcevable. Dans la mentalité chrétienne, la différence est toujours un problème, c’est l’hérésie qu’il faut écraser, c’est l’erreur qu’il faut corriger par l’évangélisation. La diversité humaine n’est valorisée que dans la stricte limite où elle offre un terrain de jeu aux missionnaires. L’humain différent n’est respectable que dans la mesure où l’on espère le convertir. Cette vision de l’humanité et du monde, que l’on retrouve tant chez les chrétiens explicites que chez les chrétiens mutants que sont les communistes, les républicanistes, les assimilationistes et les wokistes, on peut lui donner le nom de monisme : un système de pensée selon lequel la vérité résiderait dans l’Un et l’erreur dans le multiple. Dans la pensée moniste, tout doit converger vers un monodieu, une mono-identité, un monodogme.

C’est pourquoi dans les débats publics, le mot de diversité est toujours employé pour désigner son contraire. Il n’y a qu’à regarder quels symboles sont utilisés pour représenter « la diversité ». Regardez le logo de l’association « Coexister » : c’est le mot « cœxister » mélangé avec le croissant islamique, la croix chrétienne et l’étoile de David. C’est très intéressant, cette réduction de la diversité aux trois monothéismes que sont l’islam, le christianisme et le judaïsme, soit les trois dogmes ayant historiquement le plus œuvré à l’éradication de la diversité humaine. Enfin, les deux premiers, surtout, puisque le troisième joue le jeu moniste pour survivre mais ne vise pas la conversion, même si sa composante monothéiste a servi de matrice aux deux religions de conversion.

Il y a des milliards d’êtres humains sur terre, mais quand en Occident, on nous vend la diversité, c’est toujours pour nous vanter les mérites de l’islam, religion qui, comme son frère jumeau le christianisme, considère la diversité spirituelle comme une abomination à éradiquer. Je ne vais pas m’étendre sur des siècles de conversions forcées, de colonisation avec prohibition ou régime ségrégationniste envers les réfractaires à la conversion, de persécution des païens sur tous les continents, de dévastation et de vol des temples païens pour les transformer en églises et mosquées, de destruction des représentations humaines accusées d’offenser le monodieu, de criminalisation de l’homosexualité, de répression de la libre pensée, de haine envers les sciences, de mépris infini pour la femme.

Notre monde est peuplé d’humains polythéistes (les Hindous notamment) et de non-affiliés religieux fuyant autant que possible l’emprise des religions monistes, mais non, pour notre bourgeoisie régnante, la diversité, c’est forcément la mise en avant d’un dogme monothéiste ennemi de la diversité humaine. Nous sommes censés nous extasier du cirque narcissique de l’entre-congratulation entre trois chapelles d’un même monisme, et appeler cela « diversité ». Le sens social du mot diversité est diamétralement opposé à son sens logique.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Eh bien, malgré plus de 1500 ans de monoculture chrétienne obligatoire, la conversion n’a jamais marché et les prolétaires occidentaux ont rejeté le christianisme dès qu’ils l’ont pu. L’effondrement de la théocratie chrétienne a permis l’expression des aspirations profondes des Occidentaux, parmi lesquelles l’aspiration à une société polyiste : une société qui valorise la diversité au lieu de la criminaliser. La bourgeoisie chrétienne (pléonasme), ne pouvant plus s’imposer comme par le passé, a maintenu son pouvoir en se mettant au goût du jour, et s’est mise à reformuler son dogme en des termes diversitaires. C’est ainsi qu’elle a inventé : la promotion de la diversité sous les traits de l’amitié islamo-chrétienne. C’est fascinant. Ils ont l’air très contents d’eux. Il faut dire qu’historiquement pour notre bourgeoisie, tolérer les protestants, c’était déjà le bout du monde.

On pourrait appeler cela le paradoxe de la mono-diversité : cette attitude de la bourgeoisie chrétienne et néo-chrétienne consistant à ne promouvoir la diversité que pour accroître le pouvoir de dogmes criminalisant la diversité. Cette situation est renforcée par un effet de stéréo bourgeoise : la gauche dit « embrassez la diversité, donc ouvrez-vous à l’islam », et en face, les conservateurs disent « si vous ne voulez pas de l’islam, rejetez la diversité et revenez au pied de la croix, soumettez-vous à notre monodogme ». Ces deux factions de la bourgeoisie chrétienne et néochrétienne œuvrent conjointement à ancrer une seule et même vision du monde.

Ce paradoxe se retrouve dans tous les champs de la politique, et le féminisme ne fait pas exception. La diversité et l’inclusivité sont brandies pour inviter à s’ouvrir à l’islam et pour dévaloriser les femmes rejetant l’islam (la plupart des femmes, donc). La plupart des féministes de ce pays trouvent cela étrange et peinent à formuler leur malaise, qui se traduit généralement soit par une prise de distance, soit par un déni. Ce malaise reste dans le champ de l’indicible car ce sont toujours les dominants qui fixent le champ du dicible et de l’indicible. Dans le féminisme comme ailleurs, c’est la bourgeoisie chrétienne et néo-chrétienne qui tient les cordons de la bourse et les rênes de l’attelage. Donc, dans le féminisme officiel comme ailleurs, on est sommées d’affirmer que la diversité, c’est les religions anti-diversité, un point c’est tout.

Loin du cirque de la politique néo-chrétienne, je tisse les premiers centimètres du féminisme polyiste.

D’un féminisme émancipé des missionnaires et des croisés.

D’un féminisme célébrant la véritable diversité tant religieuse que politique, spirituelle et ethnique.

D’un féminisme existant pour lui-même et non comme caution de l’agenda moniste de la gauche chrétienne.

D’un féminisme qui ne somme pas les femmes de choisir entre leur peuple et leur liberté.

D’un féminisme moteur dans le processus de guérison civilisationnelle de l’Occident du traumatisme de la dévastation chrétienne.

D’un féminisme hérétique libéré du monodieu, du monodogme, de la monogamie forcé, de la monoculture, de la mono-identité.

D’un féminisme déployé dans tous les champs et toutes les factions de la politique.

D’un féminisme favorisant l’épanouissement des identités féminines.

D’un féminisme proclamant le droit des femmes à exister et à s’exprimer pour elles-mêmes bien au-delà de la seule réparation d’une inégalité.

D’un féminisme autorisé à vivre hors des enclos de la politique néo-chrétienne, loin de l’obligation de servir de faire-valoir à l’une des factions de la gauche ou du conservatisme.

Cela fait plus de 1500 ans que ce féminisme-là est criminalisé, et que mille fois il a été tué dans l’œuf dès qu’il a essayé de vivre à la lumière. Il n’existe pour le moment que sous une forme informelle, non explicite mais omniprésente.

Permettez-moi donc de prendre mon temps.

Je n’écris pas pour convaincre. J’écris pour tracer une voie.

Commentaires

  1. Un très bel article qui m'a fait penser au conflit syrien où il fallait "adopter" un syrien chez soi pour faire preuve de charité. Je me suis souvenu d'un reportage où le journaliste accompagné d'un faux syrien demandait aux gens ce qu'ils pensaient au fait d'accueil un réfugié chez soi. Tout le monde trouvait ça extraordinaire et lorsque le journaliste leur proposait d'accueillir le "Syrien" qui l'accompagnait, il n'y avait plus personne "c'est trop petit chez moi" "là comme ça non je ne peux pas". Bref on a encore du progrès à faire pour ne plus être esclave d'une pensée unique qui nous empêche encore et toujours de dire ce qu'on pense si c'est contraire au dogme établi.

  2. Texte très éclairant qui corrobore ma propre expérience :

    La diversité est brandie partout, mais appliquée nulle part. Les thuriféraires de la diversité, incapables de joindre les actes à la parole, utilisent la condamnation perpétuelle de ceux qui la refusent ou qui ont, tout du moins, l’honnêteté de s’en foutre, sans amertume aucune, pour donner à leurs paroles une illusion d'action. Une personne sincèrement fermée d’esprit m’est infiniment moins insupportable qu’un prétendu philanthrope qui devient cinglé quand on ne le regarde pas avec des yeux remplis d’admiration.

    Les promoteurs de la fausse-diversité sont si fiers d’eux-mêmes quand ils en transfèrent la charge aux autres, et sont si convaincus de prouver ainsi qu’ils sont de bonnes personnes. Dès lors que convaincre ne marche pas, il ne reste plus qu’à imposer, et beaucoup n’ont aucune pudeur avec cela. C’est ce qui m'amène à penser depuis longtemps que pour certains, la diversité est un signalement de vertu parmi tant d’autres, avec le secret inavoué d’avoir l’aura et la postérité de Mère Thérésa ou Sœur Emmanuelle sans les contraintes des ordres. Il n’y a pas plus horripilant que le "citoyen du monde” se mettant à donner des leçons d’ouverture à la Terre entière, y compris à des peuples ou des ethnies qu’il fétichise, quand ces derniers admettent sans trop de gêne qu’ils ne se sentent pas particulièrement citoyens du monde, eux.

    La bourgeoisie chrétienne (pléonasme), ne pouvant plus s’imposer comme par le passé, a maintenu son pouvoir en se mettant au goût du jour, et s’est mise à reformuler son dogme en des termes diversitaires.”

    Touché ! Bientôt, le plus vite possible même, j’espère qu’on observa cette même infiltration des embusqués chrétiens dans la sphère du travail : ils se targuent d’avoir créé l’un des premiers syndicats de France (CFTC) tout en sapant minutieusement en parallèle le progrès technique et social, en allouant des moyens considérables pour nous refaire courber l’échine dans les champs de betteraves.

  3. Bonjour, l'inquiétant regain en ferveur religieuse des communautés adeptes desdits monothéismes est probablement impossible à émousser sans insister auprès des fidèles sur l'invraisemblance des histoires de miracles et autres événements surnaturels.

    Je suis néanmoins pour que les non-croyants complimentent chaque effort de conversion de la part des prosélytes car beaucoup se disent croyants mais font peu d'efforts pour défendre leur religion. Un croyant est censé désirer le Paradis pour chaque mécréant. Sinon pour lui Dieu aurait déjà perdu patience avec sa propre créature. C'est pourquoi on peut défendre le point de vue selon lequel un croyant qui perd patience avec le mécréant salit sa propre religion. Croire à l'Enfer et ne pas suer sang et eau pour délivrer les mécréants, voilà qui montre un faible engagement.

    L'humain sans religion n'a que ses limites, le croyant a incontestablement sur le non-croyant la promesse d'une justice absolue (dans une autre vie), hélas annoncée par des histoires invraisemblables (miracles...).

    Cette approche évite les clashs et les émotions négatives au maximum, tout en permettant de défendre des convictions différentes.

  4. Bonjour et bienvenue sur le forum !

    Si je te lis bien tu prônes la contradiction rationnelle pour faire diminuer la ferveur religieuse. Rire des histoires de miracles invraisemblables et pointer en finesse du doigt l'absence d'obéissance à tous les préceptes et toutes les injonctions que contiennent les religions monistes et monothéistes. Soit, mais je vois deux problèmes à ça.

    D'abord ça me paraît très idéaliste, au sens où ça présuppose que les idées des personnes mènent le monde plutôt que leurs sentiments, ce dont on peut douter. La grande majorité des hommes ne réagissent pas en philosophes quand ils sont saisis d'une dissonance cognitive ; à la place, ils se braquent et s'obstinent. Et quand on veut s'arc-bouter sur ces idées religieuses délirantes, le kit de déni est pratiquement fourni clé en main : personne n'est parfait sauf dieu, il faut faire acte de foi et croire, etc.

    Par ailleurs, je ne crois pas qu'on pourra en finir avec l'institution catholique, ni avec les autres, en voulant éviter les émotions négatives et en se contentant de défendre des convictions autour d'une table entre amis ou en famille. Car le gros problème des croyants lambda, qui sont souvent des personnes sympathiques pour peu qu'on partage un terreau culturel commun, c'est qu'elles servent de caution à toute une institution monstrueuse, terriblement destructrice, fondamentalement paganophobe, europhobe, gynophobe, coercitive, arriérée, et j'en passe. En fait, plus les croyants qu'on voit et qu'on côtoie sont authentiquement gentils, agréables à fréquenter, plus leur posture d'attachement à l'institution religieuse est socialement problématique, puisqu'ils sont de fait des représentants d'autant plus éminents d'une machine de guerre qui mène une guerre contre les peuples natifs, qui formate les cultures, et qui ne réussit à faire cohabiter des hommes si différents ( au point qu'ils se foutraient autrement sur la gueule non-stop dans des guerres raciales) que sur le dos des femmes, qu'on leur autorise à battre, à violer, à forcer à crever en couche, bref, à inférioriser violemment pour se défouler. Même les gens qui croient ou qui adhèrent de très loin, avec une distance sophistiquée, qui se disent « croyants mais non pratiquants », ou « culturellement chrétiens », « juifs libéraux », « musulmans modérés », ceux-là sont tout autant problématiques, sinon davantage, parce qu'ils s'obstinent à servir de caution à ces institutions puissantes et à toutes les saloperies qu'elles organisent et qu'elles promeuvent.

    Il faut culpabiliser les yahivstes. Tous les yahivstes sont coupables. Rien de plus normal qu'ils éprouvent des émotions négatives en réfléchissant trente secondes à leur responsabilité systémique. Rien de plus légitime !

  5. Je me permets de revenir sur ce que tu dis CKeller à propos des croyants chrétiens.

    L'un des principaux problèmes avec le christianisme, et tout particulièrement en France, c'est que beaucoup des personnes qui se revendiquent être chrétiennes ne croient pas particulièrement aux dogmes, ne lisent pas les textes et ignorent les discours des représentants religieux, passés comme présents. Ils font leur petite popote comme ça les arrange.

    Dans les faits, ils se fichent complètement des miracles et des surnaturels. En revanche, je les ai tous entendu dire "Non mais je crois en Jésus", "Non mais c'est le message qui compte" "Non mais se sont les valeurs chrétiennes qui m'intéresse" en somme, tout ce que Lucas a expliqué précédemment. Ce faisant, tout en diluant le christianisme en fonction de leur connaissances et interprétations, ils donnent un pouvoir monumentale à l'Eglise, qui est bien contente de compter sur eux et de montrer que, "au fond, les français sont encore très attachés au christianisme". Par contre, ils redeviennent les chrétiens qu'ils sont quand on ne va pas dans leur sens, et qu'on refuse toute forme de christianisme sécularisé dans les sphères de la société.

    J'ai toléré, un temps, leur christianisme mou. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Ils font partie du problème. Parce que même quand ils ne se revendiquent ni chrétiens, ni croyants, ni même "Juste Jésus et le message", ils agissent en chrétiens.

    Le pire crime du christianisme, qu'il soit assumé, tiède, édulcoré ou sécularisé, c'est d'avoir rendu tout intérêt sincère et profond pour le paganisme comme une tare, un folklore, un truc d'hurluberlus. Et à leurs yeux, un athée est forcément un nihiliste même sils ne le disent pas ouvertement et même s'ils ne le conceptualisent pas forcément.

    Il n'y a rien de taré à "juste croire en Jésus" et à dire que "le plus important, c'est le message" tout en se faisant le relai d'une religion violente et absurde, mais par contre on te voit automatiquement comme un druide extravagant et fantaisiste quand tu dis te sentir plus proche du paganisme que d'autres choses, et tombent même pratiquement de leur chaise quand tu ne vois aucun problème à être d'ailleurs un druide extravagant et fantaisiste si tel est ton bon plaisir, alors même que toute conversion radicale à l'Islam est vue avec des yeux pleins d'émerveillement par les prétendus athées qui ne sont que des chrétiens sécularisés.

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