Les femmes blanches acceptées au camp d’été décolonial à condition de porter le voile

Maboula Soumahoro sur le plateau de l'émission 24h Pujadas le 22/11/2017

C’est un étrange aveu qu’a souf­flé hier l’u­ni­ver­si­taire Maboula Souma­horo sur LCI. Inter­pel­lée par David Pujadas et le prési­dent de SOS racisme Dominique Sopo sur les ate­liers du syn­di­cat d’en­seignants SUD 93 inter­dits aux “non racisé.e.s” [ndlr : per­son­nes blanch­es ou con­sid­érées comme telles], Maboula Souma­horo est rev­enue sur une affaire sim­i­laire, le camp d’été décolo­nial organ­isé cet été par des col­lec­tifs fémin­istes “inclusifs” [sic], dont la plu­part des ate­liers étaient égale­ment “non-mixtes”, réservés aux “femmes racisées” et a tenu à défendre “la poli­tique de sélec­tion [sic] qui a été menée”. “Ce ne sont pas des ate­liers inter­dits aux Blancs”. La preuve selon elle ? “Des femmes blanch­es, voilées, ont pu assis­ter à ce camp d’été décolo­nial”. 

“C’est pas des rumeurs”

Maboula Souma­horo, maîtresse de con­férence dans une uni­ver­sité publique française, se vante donc, face caméra, que les organ­isatri­ces du camp d’été décolo­nial aient autorisé des femmes blanch­es à par­ticiper à leurs ate­liers… à con­di­tion que celles-ci por­tent le voile. “C’est pas des rumeurs, martèle Maboula Souma­horo, j’ai été au camp d’été décolo­nial”.

En voulant clouer le bec de ceux qui accusent les fémin­istes inter­sec­tion­nelles de racisme, elle révèle la pra­tique de dis­crim­i­na­tions religieuses au sein de ce mou­ve­ment.

Cette “poli­tique de sélec­tion” des femmes blanch­es découle de l’e­sprit général de l’événe­ment tel que le résume l’une des organ­isatri­ces, Sihame Ass­bague : « Avec l’or­gan­i­sa­tion du camp, nous n’avons pas voulu faire de la péd­a­gogie à l’in­ten­tion des Blancs (…) mais nous con­cen­tr­er sur les “racisés” comme nous, qui subis­sent les mêmes oppres­sions que nous”. Fémin­iste “inclu­sive” proche du CCIF (Col­lec­tif con­tre l’is­lam­o­pho­bie en France),  Sihame Ass­bague con­sid­ère les femmes por­tant le voile islamique comme des cibles de dis­crim­i­na­tions islam­o­phobes. Les femmes blanch­es arbo­rant le voile sont donc tolérées au sein du fameux camp d’été entre “racisé.e.s”.

La clas­si­fi­ca­tion des femmes blanch­es voilées au sein de la caté­gorie des “racisées” nous vient tout droit des fémin­istes inter­sec­tion­nelles améri­caines. L’ac­tiviste Lin­da Sar­sour, apôtre du “fémin­isme musul­man”, organ­isatrice de la Wom­en’s March, sou­tien du mou­ve­ment Black Lives Mat­ter et anti-sion­iste revendiquée, oeu­vre depuis des années pour faire des femmes voilées le sym­bole de la lutte con­tre le patri­ar­cat et le racisme. Dans une récente vidéo inti­t­ulée Guide du hijab pour les débu­tantes, elle déclare porter le hijab pour être vue comme une per­son­ne “racisée” mal­gré sa peau claire : “Avant que je ne porte le hijab, j’é­tais juste une fille blanche banale de New York.”

Ces mil­i­tantes ne voient aucune con­tra­dic­tion entre le fait de militer con­tre les dis­crim­i­na­tions et le fait de tri­er les per­son­nes selon leur appar­te­nance eth­nique ou religieuse. Maboula Souma­horo se dit “absol­u­ment pas choquée par ces ate­liers” mais tient à ras­sur­er son audi­toire : ces mesures de “non-mix­ité” eth­no-religieuse sont “tem­po­raires”, pré­cise-t-elle sans toute­fois indi­quer à par­tir de quand les “non-racisé.e.s” cesseraient d’être exclus. Dans une tirade aux accents com­plo­tistes, elle accuse “la fachos­phère” d’avoir créé la polémique et déclare : “Ce qui me choque, c’est l’ap­parence de l’assem­blée nationale, qui est très blanche”, fruit selon elle d’un “pro­jet organ­isé, délibéré”.

Sur le plateau de l’émis­sion 24H Pujadas (disponible ici dans son inté­gral­ité), Fati­ha Boud­jahlat, enseignante proche du Print­emps Répub­li­cain, s’in­quiète pour “la cohé­sion de la nation” : “Je suis éton­née que des fonc­tion­naires d’E­tat, des enseignants qui vont avoir devant eux des enfants le lende­main, aient accep­té de se prêter à ce jeu, c’est-à-dire que les fonc­tion­naires blancs ail­lent dans une pièce et que les fonc­tion­naires racisés ail­lent dans l’autre. Quid des fonc­tion­naires métis­sés ? Est-ce qu’il y avait une troisième salle, comme en Afrique du Sud il y avait des quartiers réservés aux métiss­es ?”

Militer contre le “racisme d’Etat”… avec l’argent de l’Etat

Comme la plu­part des per­son­nal­ités dénonçant le “racisme d’E­tat”, Maboula Souma­horo milite grâce aux sub­sides de l’E­tat français. Dans l’émis­sion, Maboula Souma­horo s’é­tonne que le min­istre de l’é­d­u­ca­tion nationale con­damne l’usage du terme “racisme d’E­tat” par le syn­di­cat SUD et qu’il porte plainte pour diffama­tion. Elle souligne que les ter­mes “racisme d’E­tat”, “racisme insti­tu­tion­nel”, “blan­chité” sont “issus du champ uni­ver­si­taire” et font par­tie du “pat­ri­moine de la recherche” en France. Elle-même recourt abon­dam­ment à cette ter­mi­nolo­gie, que ce soit dans les cours qu’elle dis­pense ou dans la thèse qu’elle a soutenue en 2008.

Maître de con­férence à l’U­ni­ver­sité de Tours et enseignante à Sci­ences-Po Paris, Maboula Souma­horo est un pur pro­duit de l’an­ti-racisme insti­tu­tion­nel. Fille d’une femme de ménage ivoiri­enne, Maboula Souma­horo grandit dans un loge­ment social du Krem­lin-Bicêtre (94). Etu­di­ante dans les uni­ver­sités publiques de Créteil et Jussieu, elle obtient une bourse uni­ver­si­taire qui lui per­met d’é­tudi­er à l’u­ni­ver­sité de Colum­bia, à New York, puis d’y dis­penser des cours sur « la dias­po­ra africaine aux étu­di­ants améri­cains ». A son retour en France, elle est “bien accueil­lie” à l’U­ni­ver­sité (publique) de Tours et sou­tient sa thèse con­sacrée aux mou­ve­ments nation­al­istes jamaï­cains et afro-améri­cains grâce au “sou­tien matériel, logis­tique et ami­cal” du GRAAT. Dans l’un des cours de civil­i­sa­tion con­tem­po­raine qu’elle dis­pense à Sci­ences-Po Paris, elle s’in­téresse à “la race à la fois comme fait et comme fan­tasme” et analyse le rôle “de la lit­téra­ture, de l’art, de la cul­ture, de l’his­toire et des poli­tiques” dans “l’assig­na­tion” des “non-blancs (Arabes et Roms inclus)” à la “noir­ité”.

Maboula Souma­horo est égale­ment l’ini­ti­atrice du Black His­to­ry Month (Mois de l’His­toire des Noirs) en France. Or, le Black His­to­ry Month et tout sauf un événe­ment mar­gin­al­isé par l’E­tat : il a pré­cisé­ment été inau­guré en 2012 dans la salle Felix Eboué du min­istère de l’Outre-Mer, au cœur du très cos­su VIIe arrondisse­ment de Paris, et a été en par­tie financé par les deniers publics.

Un para­doxe relevé par Fati­ha Boud­jahlat : “Ces gens-là ont réus­si un con­cours très exigeant qui ouvre droit à un statut. C’est la preuve de la réus­site et de la méri­to­cratie répub­li­caine (…) et finale­ment, ils sont encore dans cette pos­ture vic­ti­maire d’ac­cu­sa­tion, alors qu’ils sont dans une posi­tion de réus­site sociale. (…) Quand on est fonc­tion­naire d’E­tat, on n’a pas été vic­time du racisme d’E­tat, c’est com­plète­ment inco­hérent.”

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