Le courageux témoignage de Manon, 20 ans, streameuse victime de cyberharcèlement et de menaces de viol

Manon, jeune streameuse belge con­nue sous le pseu­do­nyme Manono­li­ta, a pub­lié un témoignage vidéo courageux sur le cyber­har­cèle­ment qu’elle a subi pen­dant qua­tre mois. Le méti­er de cette jeune femme de 20 ans con­siste à dif­fuser des vidéos de ses par­ties de jeux vidéos sur la plate­forme Twitch. Les vidéos sont en direct et le pub­lic peut com­menter. Un jour, un groupe de 200 à 300 per­son­nes envahit son serveur Dis­cord d’un coup, et se met à pub­li­er toutes sortes d’a­troc­ités, notam­ment des pho­tos de femmes et d’en­fants décapités et démem­brés. Manon panique et se met à pleur­er, et les harceleurs la poussent à stop­per son live. Puis s’en­suit une longue descente aux enfers, à base de men­aces de mort et de viol, de chan­tage pour la pouss­er à se sui­cider, et de har­cèle­ment à l’en­con­tre de sa famille et de ses collègues.

“Ces per­son­nes ont fouil­lé tous mes réseaux soci­aux, racon­te Manon. Du coup, ils ont décou­vert que j’avais été abusée. Et ils en ont joué, en me dis­ant que ça m’é­tait arrivé une pre­mière fois, donc ça pou­vait m’ar­riv­er une deux­ième fois, qu’ils allaient me retrou­ver, me retrac­er, qu’ils allaient me vio­l­er à plusieurs, qu’ils allaient tor­tur­er mes par­ents pour que ceux-ci me voient en train de me faire vio­l­er devant eux, et qu’ils ne puis­sent rien faire.” Manon a égale­ment reçu des men­aces en rap­port avec son homo­sex­u­al­ité. Les harceleurs lui ont envoyé “des dra­peaux LGBT brûlés avec des croix gam­mées dessus” et des mes­sages dis­ant que comme elle était les­bi­enne “ce ne serait pas une grande perte”.

Son témoignage est pré­cieux, parce qu’il est impor­tant que les vic­times ne se ter­rent pas dans le silence et parce que sa prise de parole aide à la prise de con­science de ce prob­lème qui touche un nom­bre crois­sant de per­son­nes, notam­ment les jeunes. Nous vous invi­tons à l’é­couter dans son inté­gral­ité. Les deux vidéos sont acces­si­bles sur son compte twitter :

De plus, dans son témoignage, Manon pointe plusieurs élé­ments par­ti­c­ulière­ment intéres­sants pour com­pren­dre le fonc­tion­nement du cyberharcèlement :

L’ostracisation professionnelle

Manon relate l’os­traci­sa­tion pro­fes­sion­nelle qu’elle a subi à cause du har­cèle­ment. Les harceleurs s’en sont pris à son entourage, y com­pris à ses col­lègues, et ont fait du chan­tage à Manon : si elle voulait qu’ils cessent d’at­ta­quer son entourage, elle devait se sui­cider, lui dis­aient-ils. Au lieu de la soutenir, un cer­tain nom­bre de ses col­lègues se sont mis à l’ostraciser.

L’injonction à la disparition

Parce que son méti­er est un méti­er nou­veau en lien avec les jeux vidéos, son activ­ité pro­fes­sion­nelle n’est pas prise au sérieux. La police a donc dit à Manon qu’elle devait tout sim­ple­ment tout aban­don­ner, dis­paraître des réseaux soci­aux, inca­pables qu’ils étaient de com­pren­dre que la présence publique de Manon sur les réseaux soci­aux fai­sait par­tie inté­grante de son méti­er, et que celle-ci a tra­vail­lé pen­dant qua­tre ans pour se bâtir une audi­ence qui lui per­met de vivre de son activ­ité. Il s’ag­it là d’une injonc­tion à la dis­pari­tion : on dit à la vic­time que c’est à elle de se cacher. Cette injonc­tion est récur­rente en matière de har­cèle­ment en ligne, et le pire, c’est qu’elle vient sou­vent des per­son­nes cen­sées aider les vic­times (la police dans le cas de Manon, ou une asso­ci­a­tion d’aide aux vic­times de cyber-har­cèle­ment dans le cas de Mila).

Refuser le chantage

L’im­por­tance de refuser le chan­tage. Même si la pres­sion était énorme et qu’obéir au chan­tage des harceleurs peut être ten­tant lorsqu’on est desespéré, Manon a trou­vé la force de ne pas obéir. Les harceleurs ne sont jamais ras­sas­iés et quand on cède à leur chan­tage, ils s’empressent de ten­ter un nou­veau chan­tage. Le but des harceleurs est d’obtenir le silence de leur vic­time afin d’éviter toute sanction.

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