Marche de la honte : le « premier gouvernement féministe du monde » défile en hijab

Les membres du "premier gouvernement féministe du monde" défilent voilée devant le président Rohani à Téhéran

En Suède, les membres du « premier gouvernement féministe du monde », ont suscité une vague d’indignation en défilant voilées lors d’un déplacement officiel en Iran. Majoritairement féminin, le gouvernement suédois revendique une « politique étrangère féministe » et a récemment manifesté son opposition à Donald Trump. Mais face au président Rohani, elles ont choisi d’arborer hijab et manteau noir : une véritable « marche de la honte » selon l’ONG Unwatch.

Petits arrangements entre amies avec le patriarcat

Sur son site internet, le gouvernement suédois se vante de mener une « politique étrangère féministe ». Isabella Lövin, numéro 2 du gouvernement, fait figure de passionaria du féminisme intransigeant, depuis qu’elle a pris la pose avec ses ministres et collaboratrices contre Donald Trump. Le 3 février, elle a posté une photo parodiant Donald Trump pour protester contre l’interdiction du financement des associations pro-IVG étrangères.

Sur Twitter, la photo postée par Isabella Lövin a été partagée par plus de 29 000 personnes. Une leçon de féminisme saluée par l’ensemble de la presse occidentale.

Le 11 février pourtant, Ann Linde, ministre des affaires européennes et du commerce extérieur, a dû faire quelques concessions au patriarcat lors de sa visite à Téhéran. L’ensemble des fonctionnaires suédoises s’est présenté en hijab devant le président Rohani. Ann Linde et plusieurs de ses collaboratrices ont poussé le zèle jusqu’à revêtir un manteau noir qui rappelle la tenue imposée par la République Islamique d’Iran.

Hijabs et manteaux noirs : le girl power à la suédoise ?

 

Anna Linde, ministre suédoise des affaires étrangères et la vice-présidente aux affaires familiales iranienne, de noir vêtues, le 11 février ( Ebrahim Naroozi / AP)

Un « deux poids, deux mesures » qui suscite l’indignation

La journaliste féministe iranienne Masih Alinejad a reproché au gouvernement suédois de n’avoir « manifesté aucune opposition à la loi oppressive qui oblige les femmes à porter le voile » en Iran. Sur sa page Facebook My Stealthy Freedom (« Ma liberté furtive »), où elle invite depuis 2014 les femmes musulmanes à lui envoyer des photos sans voile, Masih Alinejad a fermement condamné la complaisance des féministes suédoises envers « les lois discriminatoires » iraniennes, que ce soit envers les femmes et les homosexuels.

« Les femmes politiques européennes sont des hypocrites, avait récemment dénoncé Masih Alinejad au Parlement européen. Elles soutiennent les femmes musulmanes en France et s’opposent à l’interdiction du burkini – parce qu’elles pensent que la contrainte est mauvaise – mais quand cela se passe en Iran, elles ne pensent qu’à l’argent ».

L’ONG UN Watch a dénoncé une « marche de la honte » et son président, Hillel Neuer, a tapé du poing sur la table : «Si la Suède se soucie vraiment des droits de l’homme, elle ne devrait pas soutenir un régime qui brutalise ses citoyens et met en œuvre un génocide en Syrie, et si elle se soucie du droit des femmes, alors ses ministres femmes n’auraient jamais dû aller dans l’Iran misogyne.» Dans une série de tweets assassins, Hillel Neuer a ironisé sur le « féminisme » du gouvernement suédois et a dénoncé sa « soumission à la République islamique d’Iran ».

Amineh Kakabaveh, fondatrice de la branche suédoise de «Ni putes ni soumises» a exprimé son indignation sur Facebook : «Franchement, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer devant ces représentantes du gouvernement suédois censées être féministes soumises à l’apartheid islamique en Iran.»

Sur Twitter, le chef du parti Libéral suédois Jan Björklund a fait part de sa consternation et a rappelé que le « gouvernement féministe « suédois aurait pu éviter ces fâcheuses images : «Les accords entre la Suède et l’Iran ne doivent pas être signés à Téhéran, ils peuvent avoir lieu à Stockholm. Les photos de ministres suédoises voilées doivent être évitées».

Silence des féministes françaises institutionnelles

En France, les féministes officielles, qui avaient largement relayé la photo anti-Trump du gouvernement suédois, demeurent muettes sur l’affaire. Un silence peu surprenant, puisque la ministre des droits des femmes Laurence Rossignol et les principaux relais féministes (Osez le féminisme, Paye ta Shneck, Madmoizelle, l’Empêcheuse de penser en rond) ont soutenu la Marche des femmes, mouvement historique de consécration du hijab comme symbole féministe.

Sur les réseaux sociaux français, les réactions viennent surtout de la droite hostile à l’immigration et des militants de la laïcité. Dans la presse française, le seul article complet à ce jour sur l’affaire a été rédigé par Eugénie Bastié, journaliste et auteur d’un livre particulièrement critique envers le néo-féminisme.