“Monsieur est resté bloqué dans les années 70”. Un soixante-huitard jugé pour agression sexuelle et harcèlement sexuel sur une femme de 19 ans

« Monsieur est resté bloqué dans les années 1970 », a soupiré la procureure de la République, lors du procès d’Alphonse*. L’homme a été jugé à Rouen le vendredi 2 mars 2018. Âgé de 70 ans, il avait harcelé et agressé sexuellement une jeune femme de 19 ans, fille d’un couple d’amis, qu’il hébergeait pendant qu’elle travaillait dans une boulangerie. Claque sur les fesses, remarques sexuelles plus que lourdes à répétition, pressions pour obtenir des sodomies : “Je ne vois pas le problème”, déclare l’accusé. Le journal local 76 actus relate des faits et un procès ahurissants :

La claque sur les fesses ? « Une façon de dire bonjour dans le milieu artistique»

Alphonse est un prévenu qui a tendance à rester figé. Cheveux blancs tirés en queue de cheval, le septuagénaire n’a pas bougé d’un iota, vendredi au sein du tribunal correctionnel. Il était accusé d’avoir, entre le 1er octobre et le 14 décembre 2017 agressé sexuellement Claire* et de l’avoir harcelée. La jeune femme de 19 ans s’était rendue à la gendarmerie le 15 décembre pour dénoncer les agissements de son hébergeur, ami de ses parents.

La lecture des procès-verbaux par le président de la cour correctionnelle a été limpide. Les réponses du prévenu aussi. Son insistance pour qu’elle pose sa tête sur son épaule ? « La demande d’une marque de tendresse », a assuré l’homme au visage de père Noël et à la moustache en guidon bien brossée. La claque sur les fesses, matin et soir ? « Une façon de dire bonjour dans le milieu artistique », a soutenu celui qui donne des cours de musique.

Des atteintes à l’intégrité de la jeune femme

Chaque fait a son excuse, expulsée sans hésitation de la bouche du prévenu. La claque était accompagnée d’un « bonjour, petit cul ». Un jeu de mot, selon l’homme, référence à la ville d’origine de la victime, Petit-Quevilly. Son excuse a fait s’arrondir les yeux de la cour, ébahie.

Que dire du jour où, alarmée par un robinet défectueux dans la salle de bains, la victime avait demandé l’aide de son logeur ? Alphonse a soutenu à la barre « Je l’entends crier dans la salle de bain, je monte à toute vitesse, elle était nue avec une serviette ! » Et lorsque le président l’a interpellé : « Donc, puisqu’elle ne porte qu’une serviette, vous lui demandez de vous montrer ses fesses ? », le prévenu a répondu : « Oui, parce que c’est beau, des fesses. »

De l’argent en échange d’actes de sodomie

Les atteintes à l’intégrité de Claire ont atteint leur paroxysme début décembre, quand elle s’est rendue dans une auto-école. Désireuse de passer son permis de conduire, la jeune femme avait provisionné une somme trop faible, par rapport au coût de l’examen. Alphonse a donc offert de lui donner mille euros pour financer son objectif. Avec une requête bien précise : des actes de sodomie, « mais pas tous les soirs », entendus par le petit ami de Claire au téléphone.

La proposition du vieil homme, doté « d’un outil qui ne fonctionne pas » selon ses dires en garde à vue, a été refusée par la jeune femme. Elle a illico décidé de quitter son logement et de se rendre chez les gendarmes. Quand son avocat n’y voit que « le phrasé » de son client, Alphonse abonde et évoque des « blagues graveleuses ».

Les « blagues » d’un « soixante-huitard » étriqué d’esprit

Et de citer « une vanne style Bigard » ou « le registre Coluche et Pierre Desproges » pour justifier son « humour graveleux ». Des noms de célébrités qui n’ont pas fait bouger le président Vincent Adrian :

“En droit français, l’humour n’a jamais été une circonstance atténuante. Est-ce que vous vous rendez compte de pourquoi vous êtes ici ?”

Eh bien non, Alphonse « ne comprend pas » pourquoi, « n’est pas choqué » par les faits dont il est accusé. « Des blagues, j’en fais souvent des graveleuses… C’est une vieille habitude de soixante-huitard », s’est-il défendu. Le président lui a demandé alors de confirmer une phrase qu’il aurait prononcée – « si tu n’est pas capable de faire la p… de temps en temps, c’est ton problème ». L’a-t-il dit ? La réponse a été sans équivoque :

“Oui. J’ai fait une association dans mon esprit parce qu’elle est tatouée et qu’elle fume, ça fait mauvais genre.”

Une nouvelle justification qui n’est pas passée, le président faisant appel à ses connaissances historiques : « Vous avez bien dit que vous étiez soixante-huitard ? Vous avez une vision particulière… » La procureure s’est emportée à ce sujet avant ses réquisitions : « Vous nous dites que vous êtes soixante-huitard, mais vous estimez qu’une femme en 2017 ne peut être tatouée et fumer. Vous m’avez plutôt l’air d’être resté bloqué dans les années 1970. »

Elle pourra payer son permis sans assouvir les fantasmes d’un autre

« Rien ne me choque », a répondu l’homme qui n’a cessé de se défendre en évoquant « les pratiques du milieu artistique ». Comme l’avocat de la victime, la procureure ne s’est pas privée d’évoquer l’actualité – les mouvements MeToo, Maintenant on agit – qui ont révélé les scandales de harcèlement sexuel, dans le cinéma d’abord. « On voit ce que ça donne, ce n’est pas le meilleur milieu pour déterminer ce qui est du bien et du mal », a-t-elle relevé.

Sans filtre, le moustachu a obtenu une légère indulgence du tribunal, malgré son comportement. Douze mois avec sursis avaient été requis. Reconnu coupable et condamné à huit mois de prison avec sursis – sa première peine – il est parti libre, lunettes cerclées sur le nez. Il devra payer les 2 000 euros, réclamés par la défense – à sa « fille de substitution » avec qui « il n’excluait pas de coucher ». Une ironie soulevée par l’avocat de la victime, avant la délibération :

Cela va lui permettre de financer son permis sans avoir à assouvir les fantasmes de qui que ce soit.

* Les prénoms ont été changés.

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