« Salope ! » : une surveillante contrainte de s’excuser auprès du collégien qui l’a insultée

Dans un col­lège de ban­lieue parisi­enne classé REP (ex-ZEP), une sur­veil­lante a été for­cée par sa direc­tion à présen­ter ses excus­es à l’élève de 11 ans qui l’avait traitée de « salope » et de « conne ». Son tort : avoir mis une petite tape sur la tête du col­légien qui la cou­vrait d’injures. Défendue par l’ensemble de l’équipe péd­a­gogique et par la mère de l’enfant impliqué, la sur­veil­lante a été mise à pied par sa direc­tion et son con­trat ne sera pas renou­velé. L’adolescent, qui depuis plusieurs semaines fai­sait vivre un cauchemar aux pro­fesseurs, aux sur­veil­lants et à sa mère, n’a pas été inquiété pour ses pro­pos.

Cet événe­ment est rap­porté par Nora Bus­signy, étu­di­ante en let­tres et sur­veil­lante, qui chaque mer­cre­di, relate dans Le Point son quo­ti­di­en dans un col­lège « sen­si­ble ». Extraits :

« Un après-midi, alors que je suis de sur­veil­lance à l’heure du déje­uner, je vois Corinne tra­vers­er la cour en trombe et crier sur un élève qui n’est autre que Malik.

– Tu es cen­sé être en cours, tu t’étais engagé à être assidu si je déplaçais ton heure de colle pour que tu puiss­es aller au foot !

Malik, sous les rires de ses cama­rades, lui répond :

– C’est pas de ma faute si t’es trop conne pour croire un petit.

Avant même que je puisse réa­gir, je vois Corinne, rouge de rage, empoign­er Malik par le bras et le traîn­er avec elle vers les bureaux de la vie sco­laire. « Lâche-moi, salope ! » hurle-t-il. Et Corinne, dans un mou­ve­ment vif, lui décoche une tape der­rière la tête. Je ne pou­vais alors me douter que ce léger inci­dent allait déclencher une réac­tion sans précé­dent.

En arrivant à la vie sco­laire, j’entends la CPE, vis­i­ble­ment témoin de la scène, deman­der froide­ment à Corinne, et ce, devant Malik :

– Vous venez bien de le frap­per ?

– Non, c’était une sim­ple petite tape, mais vous auriez enten­du ce qu’il m’a dit…

La suite don­née à l’incident est sur­réal­iste :

Sans avoir été reçue, Corinne se voit infor­mée rapi­de­ment par la CPE qu’elle doit quit­ter l’établissement à la demande du prin­ci­pal, « en atten­dant que l’on décide quoi faire ». Corinne est atter­rée, elle doit faire face à la sus­pen­sion de son salaire sans avoir eu ne serait-ce que la pos­si­bil­ité de s’expliquer. Elle qui souhaitait se faire embauch­er comme sur­veil­lante l’année prochaine se retrou­ve sur la sel­l­ette.

Témoin de la scène, j’insiste pour faire un rap­port, que la CPE refuse caté­gorique­ment. Quant à Malik, il n’est pas inquiété pour ses pro­pos injurieux. Sa mère, con­tre toute attente, prend la défense de Corinne et n’est par con­séquent pas enten­due par la CPE et le prin­ci­pal. Une vague de protes­ta­tion sec­oue alors l’équipe péd­a­gogique, les enseignants organ­isent une cagnotte pour aider finan­cière­ment Corinne en atten­dant d’avoir une réponse des syn­di­cats. La CPE ne veut rien enten­dre, mais c’est finale­ment le prin­ci­pal, apeuré par le vent de révolte qui souf­fle dans l’établissement, qui accorde à Corinne le droit de finir son con­trat, sans pos­si­bil­ité de renou­velle­ment et avec comme con­di­tion de devoir « présen­ter ses excus­es à l’élève pour cet acte inac­cept­able ». Hon­teuse mais oblig­ée, surtout pour des raisons finan­cières, Corinne s’exécute, plus humil­iée que jamais, sous l’œil gogue­nard de Malik.

Le témoignage inté­gral : La claque.

Pour suiv­re les chroniques de Nora Bus­signy : Chroniques d’une sur­veil­lante de col­lège.

A lire égale­ment : notre arti­cle sur la crise de l’autorité dans l’Education nationale, par Anne-Sophie La Gaufrette

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