Victoire féministe historique en Argentine : la légalisation de l’IVG approuvée par le Sénat

Au terme d’un long com­bat, les fémin­istes ont finale­ment obtenu la légal­i­sa­tion de l’a­vorte­ment en Argen­tine. Mer­cre­di, le Con­grès argentin a voté un texte de loi ren­dant l’avortement légal et gra­tu­it dans le pays. Dans ce pays encore forte­ment dom­iné par le lob­by chré­tien, la bataille fut âpre. Jusqu’i­ci en Amérique latine, seuls trois pays autori­saient l’a­vorte­ment sur demande de la femme enceinte : Cuba, le Guyana et l’Uruguay.

38 000 hospitalisations par an en Argentine pour cause de complications suite à un avortement clandestin

Avant le vote de la nou­velle loi, l’a­vorte­ment n’é­tait autorisé en Argen­tine qu’en cas de viol ou de dan­ger pour la vie de la mère. L’a­vorte­ment pour tout autre motif “était con­sid­éré comme un délit par le Code pénal argentin, et une femme qui y avait recours encour­ait entre un et qua­tre ans de prison. Les médecins ou proches qui aidaient à men­er à bien cet acte risquaient, pour leur part, jusqu’à six années de déten­tion”, indique Le Parisien. Con­séquence : chaque année en Argen­tine, entre 370 000 et 520 000 femmes avaient recours à un avorte­ment clan­des­tin. Ces avorte­ments illé­gaux con­dui­saient égale­ment à 38 000 hos­pi­tal­i­sa­tions par an suite à des com­pli­ca­tions post-avortement.

La loi argen­tine autorise désor­mais l’a­vorte­ment gra­tu­it sans con­di­tions jusqu’à 14 semaines de grossesse à par­tir de 16 ans (et sous con­di­tions en dessous de 16 ans). L’a­vorte­ment thérapeu­tique (IMG) est égale­ment légal­isé. La loi prévoit égale­ment l’oblig­a­tion pour les étab­lisse­ments de san­té de pra­ti­quer l’IVG dans un délai inférieur à 10 jours à par­tir du moment où la patiente noti­fie sa déci­sion d’avorter.

En revanche, sous la pres­sion du lob­by chré­tien, une “clause de con­science” a été intro­duite, autorisant les médecins chré­tiens misog­y­nes à refuser l’ac­cès aux soins aux femmes récla­mant une IVG ou une IMG. En Ital­ie, où 70% des médecins se dis­ent “objecteurs de con­science”, cette “clause de con­science” a causé en 2018 la mort de Valenti­na Miluz­zo, 32 ans, dans d’hor­ri­bles souffrances.

“Tout n’est pas gagné”

Cette déci­sion his­torique a don­né lieu à des scènes de liesse fémin­iste. C’est une vic­toire notam­ment pour les 300 organ­i­sa­tions fémin­istes coal­isées pour la Cam­pagne pour un avorte­ment légal, sûr et gratuit.

Mais « Tout n’est pas gag­né », met en garde la soci­o­logue argen­tine Mari­cel Rodriguez Blan­co. « Lors de sa mise en place, il y aura très prob­a­ble­ment des cas dans des provinces con­ser­va­tri­ces ou pau­vres où tout le per­son­nel d’un étab­lisse­ment de san­té se déclar­era objecteur de con­science, et il n’y aura peut-être pas d’in­sti­tu­tions à prox­im­ité où envoy­er les femmes souhai­tant se faire avorter », alerte-elle. La chercheuse rap­pelle que la précé­dente loi encad­rant l’IVG pour viol ou dan­ger pour la vie de la mère n’é­tait déjà pas tou­jours respec­tée dans cer­taines provinces.