“Le silence sur l’exploitation sexuelle à Telford révèle l’hypocrisie au cœur du mouvement #MeToo”, accuse Joanna Williams

Joanna Williams (Photo : Julian Anderson)

Cela fait six mois que le mouvement #MeToo a été lancé. Depuis six mois, nous sommes régulièrement abreuvés d’histoires attirant notre attention sur les souffrances causées par des hommes sur des femmes. Lorsque ce week-end le Sunday Mirror a révélé les abus sexuels subis par des centaines de filles et femmes à Telford, on aurait pu s’attendre à ce que le scandale soit relayé.

L’information selon laquelle des filles, certaines de 11 ans, ont été droguées, battues et violées par des gangs composés d’hommes en majorité de musulmans asiatiques [le terme asian désigne en anglais surtout les communautés pakistanaises, indiennes et bangladaises], a toute sa place dans le cadre d’une campagne contre les violences sexuelles. On aurait pu espérer que le mouvement #MeToo montre sa solidarité, rappelle l’importance d’écouter les victimes, et propose un soutien financier aux victimes.

Mais non. Le scandale sexuel de Telford concerne plus de 1000 filles et s’étend sur plus de 40 ans. Des jeunes filles vulnérables de Telford ont été amadouées par des hommes, rendues accro au crack et violées. Elles ont « tourné » de violeur en violeur comme des objets. Certaines sont tombées enceintes, ont été avortées et ont ensuite été de nouveau violées à de multiples reprises. Trois femmes ont été assassinées et deux autres sont mortes dans des drames liés à cette affaire. Pourtant, ces événements n’ont reçu qu’une faible couverture médiatique. Les filles de Telford, apparemment, ne méritent pas la une du Guardian ni du Times.

Ces mêmes journaux qui ont couvert dans le détail et pendant des jours et des jours des affaires telles que « Le député Damian Green a-t-il, oui ou non, touché le genou de Kate Maltby ? » ou « Michael Fallon a-t-il essayé d’embrasser Jane Merrick ? », ne se sont pas autant scandalisé pour les jeunes victimes de Telford.

Le silence sur l’exploitation sexuelle à Telford révèle l’hypocrisie au cœur du mouvement #MeToo. Les militantes #MeToo de la haute société n’ont de cesse de clamer qu’elles sont guidées par leur volonté d’aider les femmes moins favorisées qu’elles, et non par leur intérêt personnel. Jane Merrick affirme qu’elle a tout déballé parce que « Je savais qu’en n’agissant pas, je laissais tomber mon Moi de 29 ans, mais aussi toutes les autres femmes qui subiraient la même chose que moi dans le futur ». Kate Maltby a fait une déclaration du même type : « C’est vrai que je jouis de nombreux privilèges que d’autres femmes n’ont pas. C’est pour cela que j’ai le devoir envers elles de me montrer. Quand on voit des femmes blanches et aisées dire « Me Too », il faut se demander quelles sont les autres voix qu’on n’entend pas ». Trop occupées par leur tapage sacrificiel et solidaire, Merrick et Maltby n’ont pas eu un mot pour les victimes adolescentes de Telford.

Les stars de #MeToo ont lancé le fonds Time’s Up : elles ont levé des fonds pour payer les frais de procédure des victimes de harcèlement et de violences sexuelles souhaitant obtenir justice. Le but affiché était de « faire entendre les voix, le pouvoir et la force des femmes travaillant dans des secteurs sous-payés, où le manque de stabilité financière les rend particulièrement vulnérables à l’exploitation et aux violences sexistes ». Plus de 16,7 millions de dollars ont été collectés en moins d’un mois. L’actrice britannique Emma Watson, l’une des donatrices les plus généreuses et les plus médiatiques, a écrit sur les réseaux sociaux : « Les heures de l’abus de pouvoir sont comptées. Je suis solidaire des femmes de tous les milieux pour dire que l’heure a sonné (Time’s Up) pour les abus, le harcèlement et les violences sexuelles. L’heure de l’oppression et de la marginalisation a sonné ». Apparemment, certaines femmes méritent la solidarité plus que d’autres. Certaines voix des femmes méritent plus que d’autres d’être portées.

Pourquoi n’a-t-on pas vu d’effusions de compassion ou de déclarations scandalisées pour les filles de Telford ? Pourquoi les actrices ne se font-elles pas photographier dans leurs robes de luxe à Telford ? Pourquoi n’a-t-il pas beaucoup de journalistes pour interrompre leurs longs déjeuners afin de donner une voix aux filles de Telford ?

Peut-être que tout simplement, les femmes de Telford appartiennent à la mauvaise catégorie de victimes. #MeToo préfère les victimes de la haute société. Jane Merrick déjeunait dans un restaurant très huppé de Westminster quand Fallon a tenté de l’embrasser. La famille aisée et bien en vue de Kate Maltby n’a sans doute pas été un frein à sa carrière. Chaque robe portée par les stars glamour qui ont orné les pages du Times Magazine et ont été célébrées comme « briseuses de silence » coûte plus que le salaire annuel moyen d’un habitant de Telford.

Ou peut-être que les hommes « asiatiques » accusés de détournement de mineur, de viol, de trafic de drogue, de meurtre et de pédophilie appartiennent à la mauvaise catégorie d’hommes violents. #MeToo préfère que les accusés soient des hommes blancs et puissants, comme Harvey Weinstein ou les membres du cabinet ministériel conservateur. Les violences commises par des hommes musulmans bousculent la hiérarchie soigneusement mise en place par le féminisme intersectionnel et contredisent le discours habituel sur le patriarcat. Les tribuns et militantes s’inquiètent davantage du risque de racisme ou d’islamophobie que des violences sexuelles qui ont eu lieu.

Que ce soit parce que les victimes de Telford ont le mauvais profil, ou parce que leurs bourreaux ont le mauvais profil, un silence coupable a permis que des crimes soient perpétrés sans entraves pendant des années. Selon le rapport parlementaire, les travailleurs sociaux étaient au courant des violences dès la fin des années 90. En 2016, un lanceur d’alerte a été suspendu de la police pour avoir fourni des preuves à un journal. Une autre lanceuse d’alerte a été renvoyée de son poste d’aide aux victimes d’abus sexuel au sein d’une association protégée par les autorités locales.

C’est ainsi que les abus se sont poursuivis. Becky Watson n’avait que 13 ans quand elle est morte dans un accident de voiture décrit comme une « mise en scène », après avoir subi deux ans de viols collectifs. Sa mère a plusieurs fois dénoncé les suspects à la police, mais, soupire-t-elle, « les filles comme Becky étaient traitées comme des délinquantes ». #MeToo nous ordonne de croire sans poser de questions des allégations de baisers volés ou de genoux touchés. Mais quand des filles de la classe ouvrière rapportent des viols à la police, elles sont disqualifiées.

Lucy Lowe a été ciblée par son violeur Azhar Ali Mehmood, 44 ans, en 1997. Elle n’avait que 14 ans quand elle est tombée enceinte. Deux ans plus tard, à 16 ans, Lucy a été assassinée avec sa mère et sa sœur de 17 ans, Sarah. Mehmood a incendié leur maison. Il a été incarcéré pour meurtre mais n’a jamais été inquiété pour ses abus sexuels. Une autre collégienne est tombée enceinte à six reprises en cinq ans après avoir été ciblée par un gang en 2004. Les rapports municipaux révélés par le Mirror montrent que les services sociaux, professeurs, policiers et psychologues savaient ce qui se passait mais n’ont pratiquement rien fait.

Les stars et les journalistes du mouvement #MeToo parlent de l’importance de croire les victimes et d’aider les femmes à faire entendre leur voix. Mais, hélas pour les filles de la classe ouvrière d’Oxford, Rotherham, Newcastle et à présent Telford, toutes les femmes ne sont pas égales. Le mouvement #MeToo étale un niveau écœurant d’hypocrisie. Pire, il accapare le temps et les ressources qui devraient être consacrés aux victimes authentiques d’abus sexuels. La semaine dernière, la députée Melanie Onn a organisé un débat au parlement pour que les sifflements et commentaires soient considérés comme de la misogynie et soient punis comme des manifestations de haine. Melanie Onn et ses consœurs préfèrent mener une croisade contre des passants qui sifflent plutôt que s’attaquer au problème beaucoup plus épineux des gangs musulmans ciblant des filles de la classe ouvrière.

 

Cette tribune de Joanna Williams, journaliste spécialisée dans l’éducation, a été initialement publiée dans le journal britannique Spiked Online. Traduction : Solveig Mineo.

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